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Avant 1885

L’histoire locale, en matière de sauvetage, n’est pas généreuse. Et pourtant, de tous temps, il y eut des sauvetages sur le Léman. Si, du côté de Genève, les actes de sauvetage étaient semble-t-il régulièrement enregistrés et même récompensés depuis le début du siècle passé déjà, en revanche, les chroniques lausannoises de l’époque en évoquent peu, vraiment peu, du moins à notre connaissance. A croire que l’on était plus fort à la rame qu’au procès-verbal… !

Une société semblable, à Vevey, faisait construire son bateau de sauvetage en 1863. Un groupe de sauveteurs existait à Ouchy en 1861 déjà, affirme le comité central dans son historique du cinquantenaire. Était-ce ces mystérieux «canotiers» dont la société, fondée vers 1856, n’a apparemment laissé aucune trace ? On peut donc facilement imaginer que ces premiers sauveteurs d’Ouchy étaient issus de la Nana, la célèbre Société Vaudoise de Navigation, fondée en 1846. D’ailleurs les membres du Sauvetage d’Ouchy ne sont-ils pas aussi membres de la Nana ?

Parmi les renseignements figurait le devis d’une embarcation de construction anglaise s’élevant à Fr. 7’435. –, gréement et chariot compris ; il était prévu pour huit rameurs et c’était le premier projet sérieux d’un bateau de sauvetage à Ouchy. Mais les choses ne vont pas vite, la dépense paraît considérable ; la Municipalité propose à la Nana d’organiser l’équipe de sauveteurs. Elle examine la question, lorsque survient le projet de 1885 d’organiser une société générale de sauvetage. Tout est donc chambardé, mais, en 1886, ainsi que l’a évoqué le Syndic de Lausanne dans son message, le Sauvetage d’Ouchy va pouvoir bientôt commander son premier bateau.

Ce bref coup d’œil rétrospectif pour tenter de révéler le réel sentiment qu’anime l’habitant, l’habitué des rives lémaniques, comment il apparaît, comment il s’étend, à Ouchy notamment.

La fondation: 1885

1885: Ouchy, c’est la douceur des saisons lémaniques, le calme d’un village qui abrite encore de nombreux pêcheurs et bateliers. Ouchy n’a certes plus son cimetière, mais a gardé un peu de l’aspect de la bourgade importante qu’était Rive – ancien nom d’Ouchy – où l’évêque de Lausanne construisit un château, dont il reste le donjon, malheureusement mutilé. Ouchy, ce n’est pas encore l’ambiance d’une station d’étrangers, ni celle d’un port de plaisance, mais sans doute, déjà, la torpeur du quartier périphérique de la grande ville, qui ne compte guère plus de 35’000 habitants à cette époque.

On est de plus en plus nombreux à rejoindre Ouchy, à goûter aux joies de la baignade, à s’embarquer sur de grands et petits bateaux. Hélas, cette situation, aussi réjouissante puisse-t-elle être, n’en comporte pas moins certains périls : le naufrage, la noyade. Et, sur les deux rives du Léman, les gens du lac, peut-être mieux que quiconque, savent ce que cela signifie. Qui dit naufrage pense sauvetage.

Il est donc temps, autour de ce lac merveilleux, que les sauveteurs s’organisent et nous verrons, plus loin dans notre texte, que nombreux sont ceux que la question préoccupe depuis longtemps. La Société de sauvetage n’est donc pas née de circonstances fortuites. Des contacts s’établissent ainsi entre le Colonel William Huber, de Genève, premier président du comité central, et Fédor de Crousaz, à Lausanne, principal créateur d’une section de sauvetage à Ouchy.

En revanche, c’est certain, la séance où fut officiellement fondée la section d’Ouchy eut lieu dans un café d’Ouchy – aucune mention ne précise lequel – le mardi 22 novembre 1885. A 20h15, les débats de cette assemblée constitutive sont ouverts par Fédor de Crousaz, président provisoire. Les vingt-deux membres présents, sur trente-trois que compte la future section, élisent leur premier comité ; il est formé de :

  • Fédor de Crousaz – président
  • Louis Grivel – vice-président
  • Henri de Constant – caissier
  • Max Auckenthaler – secrétaire
  • Jacques Keller – membre adjoint

Ainsi naît en cette fin d’année 1885 cette belle et remarquable section d’Ouchy, qui compte aujourd’hui plus de 120 ans déjà.

Le premier bateau: Etoile du Léman I

1886: Le comité de section, on le sait bien, est surtout préoccupé par l’acquisition d’une véritable embarcation de sauvetage. Le 15 juin, il ouvre un concours proposé en premier lieu aux constructeurs établis sur les rives du Léman, ce qui n’exclura pas de faire construire le bateau à l’étranger si les devis fournis paraissent trop onéreux. Le programme de concours est bien détaillé et les conditions précises. Plans et devis devront être remis pour le 31 août.

Conclusions heureuses, nous l’avons vu, qui aboutissent à l’adoption, le 30 août, du préavis communal ratifiant ainsi la convention du 9 juillet 1886 conclue entre la Municipalité et la section Ouchy Lausanne de la Société de sauvetage du lac Léman, et autorisant le paiement d’un subside de FR. 1’500. – à l’acquisition d’un bateau de sauvetage.

1887: Le 15 mars, à trois heures de l’après-midi, le comité examine les propositions reçues. Jacques Keller, à la fois constructeur en lice et membre du comité, admet son droit de trancher et décide de commander immédiatement le bateau dont il a besoin au chantier naval W.T. Wolfe à Londres ; en voici les caractéristiques : forme baleinière, acajou à clin, longueur 7,62 mètres, largeur 2,1336 mètres, creux 1,762 mètres, poids 1016 kg. prix fr. 2’150. – soit fr. 600. – et 300 kg. de moins que les propositions du pays, deux arguments non négligeables qui ont été déterminants.

24 septembre: c’est un samedi. A 15 heures a lieu le lancement de l’ Etoile de Léman I , arrivé tout droit d’Angleterre. Le syndic de Lausanne, un représentant du Conseil d’Etat, le directeur de la CGN et bien d’autres personnalités et amis assistent à cette manifestation. Le soir, une fête vénitienne marque cet événement, prétexte à une nouvelle réunion de toute la population d’Ouchy en liesse. Précisons que l’embarcation est constamment à l’eau et non point montée sur chariot. Elle est amarrée dans l’ancien port dont le nouvel aménagement, commencé vers 1880, n’est pas encore achevé.

De la «Belle époque» à la guerre 39-45

Ainsi, petit à petit, non sans quelques tâtonnements, la section d’Ouchy prend corps, prend vie. Certes, il reste beaucoup à faire. Des idées, des projets sont dans l’air. Des innovations vont surgir, qui deviendront des obligations, des habitudes ou des traditions enrichissant le champ d’activité de la Société.

1901: alors que la Nana organise en ce dimanche 21 juillet ses joutes et courses annuelles, trois équipiers se sont retirés de la garde que le Sauvetage devait assurer. Ils sont sévèrement blâmés. Sur quoi, le comité décide l’organisation d’un service de piquet chaque dimanche et durant la semaine, assuré à tour de rôle par quelques membres. Ainsi sont créés les premiers services de garde de la section d’Ouchy.

1910: Après l’inauguration officielle du nouveau quai d’Ouchy le 20 juin, le garage peut enfin être monté sur l’emplacement mis à disposition par la Commune. Aussi, dans l’euphorie, la section d’Ouchy participe au 25ème anniversaire de la fondation de la Société internationale de sauvetage du lac Léman.

1912: Cette année-là, pour la première fois sur le lac, la section de Nyon organise une journée de concours de plonge et de nage.

1914: Comme toutes les sections, celle d’Ouchy se prépare à participer à la prochaine fête internationale de sauvetage qui doit se dérouler le 2 août à Hermance. Hélas ! le 31 juillet en France, le 1er août en Suisse, c’est la mobilisation générale. La guerre éclate et la longue série de ravages commence dans une Europe mal préparée à souffrir.

1915: Tous les membres actifs de la section d’Ouchy se trouvant sous les drapeaux recevront fr. 5.–. C’est une décision prise par l’assemblée du 30 janvier.

1917: Le 28 octobre, quatre équipiers de Lutry trouvent une mort tragique au cours d’une tempête d’une violence inouïe : «Le Fram» se fracasse contre les enrochements du Dézaley, près de Rivaz.

1919: Au sein du Sauvetage, on renoue avec la tradition brisée par la guerre. L’activité redevient normale. Mais la vie est dure encore. Très vite, on doit se rendre à l’évidence qu’avec les années de guerre se sont envolés à tout jamais la prospérité, la facilité, le charme aussi qu’on a connus avant 1914.

1922: Selon une déclaration de la Municipalité, la section d’Ouchy du Sauvetage est dès lors considérée comme société d’utilité publique et à ce titre il lui est alloué une somme de fr. 200.- par an. Le 6 juin, trois personnes sont grièvement blessées lors d’une explosion à bord du chaland «Helvétie». Le Sauvetage est sur place.

1925: Depuis quarante ans déjà, le Sauvetage est installé dans le vieux port ! Aussi, le comité étudie-t-il les possibilités d’un transfert dans le nouveau port. Cette même année encore, une convention est signée entre la Commune et Sauvetage d’Ouchy, ce dernier s’engageant à organiser un service de garde tous les dimanches après-midi.

1926: La Palud accorde fr. 500.- pour le service de garde.

Étoile du Léman II

1928: L’assemblée générale extraordinaire du 23 novembre décide d’acquérir un deuxième bateau. Ce sera le futur «Etoile du Léman II», équipé de deux moteurs.

1934: Il est commandé le 18 décembre chez Taroni, constructeur à Ouchy, pour le prix de 15’500. –. Son financement est pratiquement assuré par des dons venant de la Ville , L’UNOL, la Nana, la Société de développement, l’Etat de Vaud, le CVL, le comité central et d’un particulier. En plus, vingt mille billets de loterie sont mis en vente.

1935: D’heureux événements pour la section : samedi 20 juillet, réception et inauguration du nouveau bateau. Le lendemain dimanche – toujours à Ouchy – se déroule la traditionnelle fête internationale du Sauvetage.

1939: Fin août, les armées hitlériennes envahissent la Pologne… le monde est frappé de stupeur. Dans notre pays, la mobilisation vide villes et campagnes de tous les hommes valides. Toute activité est brusquement ralentie. A plus forte raison, celle du Sauvetage.

1945: C’est donc une sorte de libération lorsque, le 7 mai, la radio et la presse annoncent : «la guerre est finie». L’allégresse est générale.

L’après-guerre… quelle époque!

Pour le Sauvetage, cette nouvelle étape qui commence va-t-elle se nourrir seulement de l’acquis d’une expérience qui, en cette année 1945, marque ses soixante ans ? Cela serait bien mal reconnaître cet esprit de confraternité qui n’a cessé d’animer ses membres. Porter secours à son prochain leur est sacré. On équipe alors le garage du Sauvetage d’une sirène d’alarme et du téléphone N° 3 12 12. Puis, l’année suivante, une sirène de la DAP est placée sur la grande digue. Les navigateurs seront ainsi avisés d’un danger et, du même coup, les sauveteurs alarmés.

1946: Le 2 juillet, le Sauvetage d’Ouchy bénéficiera d’une subvention annuelle de fr. 5’000. –.

Un pilote et deux patrouilleurs renforceront le service de garde le samedi et le dimanche de 13h30 à 19 heures.En cas de naufrage, un avion équipé de quatre bouées de sauvetage pourra immédiatement survoler les lieux et larguer ses bouées en attendant l’arrivée des équipiers du Sauvetage. Il est enfin souhaité que le canot de sauvetage soit sous peu équipé d’une liaison radio.

Toujours présent le Sauvetage ! Et même plus que jamais grâce à ce service volontaire qui caractérise les courageux équipiers d’Ouchy.

Etoile du Léman III

1947: Lausanne a passé le cap des 100’000 habitants. Ouchy ne forme plus qu’un avec la ville. N’empêche qu’on les reconnaît bien, les gens du lac. Grand branle-bas en ce samedi 20 septembre : on inaugure et baptise le nouveau bateau à dix rameurs « Etoile du Léman III » construit par Max Vouga de Versoix. Double bordé acajou pour un prix de fr. 9’500.–, cette nouvelle embarcation remplace le N° I du même nom dont l’état, après un peu moins de soixante ans, exige la mise hors usage.

1950: Le 29 juillet, la section d’Ouchy organise la fête internationale et commémore la fondation du Sauvetage voici soixante-cinq ans.

L’essor que prend déjà la navigation de plaisance exige des moyens modernes de sauvetage. On en est convaincu après la démonstration faite, devant un «parterre» d’officiels et de sauveteurs, par l’équipe d’Ouchy en collaboration et liaison radio avec l’avion de la Blécherette. Une réussite !

1957: Cette année-là, notre vedette a vingt-deux ans. Les moteurs doivent être changés. Ils sont remplacés par deux Chrysler 135 CV. Une cabine vitrée est construite à la place du pare-brise.

1959: Création de la «Brigade du Lac» incorporée au Corps de police. 3818 embarcations sont enregistrées cette année-là dans les eaux vaudoises du Léman. Et il n’y a aucune raison de croire que la progression ne va pas se poursuivre.

1963: Au grand regret de ses habitants, Ouchy paie maintenant son tribut au modernisme : elle est déjà dotée d’un vaste quai où pétaradent grands et petits véhicules, ces derniers pas toujours les moins bruyants. Bientôt le nouveau port de grande et petite batellerie lui donne des allures méditerranéennes ; ses rives deviennent encore plus rectilignes. Plus loin, vers le couchant, là où va vivre l’Expo 64, à mi-chemin, il est décidé de loger le Sauvetage dans une construction en béton qu’on appelle «Capitainerie»

Le nouveau port marchand est terminé: la Sagrave et la CGN s’y installent en 1963. Dès 1965, on active les travaux du port de petite batellerie.

1974: L’inauguration du «complexe» de la Capitainerie a lieu le 9 mai 1974 en présence du syndic Jean-Pascal Delamuraz et de nombreuses personnalités. Le Sauvetage occupe ses nouveaux locaux depuis plusieurs mois déjà. Après huitante huit ans, en plein air jusqu’en 1901 faute d’abri, puis dans des hangars que l’on appelait «garage», les Sauveteurs d’Ouchy sont maintenant dans leurs nouveaux meubles.

C’est du solide, c’est neuf, les bateaux sont à l’abri et les sauveteurs bénéficieront de passablement de confort pour se changer et se restaurer lorsqu’ils rentreront d’interventions souvent mouillées, parfois glaciales. Le bâtiment, de treize mètres sur vingt-huit pour une hauteur moyenne de huit mètres, représente donc un volume de quelque trois mille mètres cube.

Etoile du Léman IV

1996: Remplacement de l’ancienne vedette, «Etoile du Léman IV» est née. Construite en fibre composite par le chantier naval : Décision SA à Ecublens. Le Baptême a lieu le 3 mai 1997.

Les équipiers ? Faut-il rappeler qu’on n’entre pas au sauvetage comme en religion ? Et l’on sait bien aussi que par une inconduite notoire ou une attitude déshonorante on en sera exclu. Il devra s’entraîner, l’équipier, à secourir, ramer, nager, plonger. Le brevet de sauveteur, ce n’est pas seulement pour les autres.

Aujourd’hui doit marquer un grand tournant pour le Sauvetage d’Ouchy et chacun aura le cœur d’y participer. Une longue période – cent vingt ans – se termine et un nouveau chapitre s’ouvre sur l’avenir.

Aujourd’hui, pas plus qu’hier, le sauveteur ne pourrait se satisfaire du «ronron» de son club ou des somnolences lémaniques. L’avenir exigera beaucoup des hommes de demain. Membres du comité ou équipiers, s’ils sont prêts à cet effort, la voie qui mène à la réussite leur est ouverte. Le Sauvetage d’Ouchy, fort de l’exemple de ses anciens, saura poursuivre le chemin tracé, unique parce qu’animé de l’esprit exemplaire des équipiers : anonymat, bénévolat, courage.

Nos bateaux

Étoile Du Léman III

  • Année de construction: 1947, M. Vouga à Versoix.
  • Matériaux: Double bordée en acajou.
  • Dimension : 10.15m / 2.35m. Poids : 1600 kg.
  • Equipement: 10 tolets et cale-pieds amovibles, 2 x 10 rames (M. Ducret à Tourronde), ancre avec 20m de chaîne, pompe à eau manuelle, projecteur avec batterie, mat équipé d’une voile latine de 10m2.
  • Entretien: Nettoyages plusieurs fois dans l’année, ponçage et copal une fois tous les trois ans ou plus, gouvernail et barre de rechange.

Étoile Du Léman IV

  • Année de construction: 1996, Décision SA à Ecublens
  • Baptême: 3 MAI 1997
  • Matériaux: Fibre composite.
  • Dimension: 11.22m / 3.42m. Poids : 5’100 kg.
  • Moteurs: 2 x Volvo Penta diesel de 330 CV 5’000 cc (6 cyl.), 1 hélice d’étrave.
  • Consommation moyenne: ~20 litres/heure.
  • Equipement: ancre avec 30m de corde, 8 gilets de sauvetage, outillage, booster, jeux de différents cordages, 2 extincteurs, des pare-battages, 2 paires de jumelles, 2 projecteurs à main, 1 motopompe, radar, GPS, échosondeur, microphone avec un haut-parleur extérieur, rescue tubes, planche de sauvetage dorsale, sur la partie amovible du toit : 2 feux tournant bleus, feu tournant orange, 2 projecteurs blancs commandés depuis la cabine de pilotage.
  • Formation: toute l’année, les futurs pilotes ou équipiers sont formés à la navigation, au matériel se trouvant à bord et aux instruments, ainsi que remplir des rapports de vigie, aussi de l’instruction pour faire du remorquage, du matelotage et savoir se servir de la motopompe.
  • Entretien: lavage régulier, changer les 3 batteries tous les 5-6 ans, antifooling.

Dauphin

  • Année de construction : 1993
  • Baptême :
  • Matériaux : composites + caoutchouc.
  • Dimension : 5,85 m / 2,60 m. Poids : 750 kg.
  • Moteurs : 1 x hors-bord 115 C V (4 T)
  • Consommation moyenne :
  • Équipement : ancre avec 30 m de corde, gilets de sauvetage, jeux de différents cordages, extincteur, GPS, radio, planche de sauvetage dorsale, projecteur, feu tournant bleu, feu tournant orange
  • Formation :
  • Entretien : lavage régulier, vérification de la pression

Comité